Interrogé sur le roman de Thélyson Orélien, Max Spero, cofondateur du détecteur Pangram, affirme que la présence d'intelligence artificielle « ne fait aucun doute ». Dans le même entretien, il concède que son verdict reste « une analyse statistique » et qu'il y aura « toujours une part d'incertitude ». L'écart entre ces deux phrases résume le procès fait aux détecteurs d'IA. Un score de probabilité suffit-il à faire d'un auteur un tricheur ?

Un verdict « à 100 % », puis des réserves

Le 21 septembre, jour où Orélien remporte le prix du roman Fnac, le compte « Balance ton Claude » passe C'était ça ou mourir au détecteur américain Pangram et publie un résultat : le texte ressortirait généré par une machine. Le roman de l'écrivain canado-haïtien de 38 ans, vendu à quelque 40 000 exemplaires et retenu dans les sélections du Goncourt, du Renaudot, du Femina et du Médicis, est retiré de la première liste du Goncourt le 25 septembre. L'accusation repose d'abord sur un logiciel.

Son cofondateur assume le chiffre tout en le relativisant. Max Spero, 30 ans, ex-étudiant de Stanford, estime que le résultat « ne peut pas être une coïncidence », rapporte La Libre. En mai, le même dirigeant avait pourtant prévenu que son outil « ne devrait jamais être l'arbitre final », mais un point de départ pour enquêter.

Ce que le score ne dit pas

Pangram revendique, sur le français, un taux de faux positifs de 0,0026 %, soit une erreur pour dizaines de milliers de textes. À l'échelle de millions de copies, ce taux résiduel produit malgré tout des accusés. En 2026, l'outil a classé « 100 % machine » une nouvelle du Trinidadien Jamir Nazir, primée par le Commonwealth Short Story Prize : atteint de neuropathie, il dicte ses textes, et ses brouillons horodatés ont établi qu'aucune IA n'avait servi. Une étude de Stanford a montré que plusieurs détecteurs taxaient les rédactions d'étudiants non anglophones de textes artificiels dans 61 % des cas, contre une erreur rare sur les natifs.

Les linguistes ajoutent une objection de fond. Pour Thierry Poibeau, du CNRS, les tournures attribuées aux IA proviennent des données d'entraînement, elles-mêmes tirées de la littérature humaine : la machine a appris à écrire comme nous, un détecteur peut donc confondre les deux, cité par franceinfo. Des chercheurs de la Vrije Universiteit Brussel ont relevé en juin 2026 que Pangram pouvait sous-estimer ou surestimer la part d'IA dans un texte hybride, cas fréquent quand un auteur retouche une base assistée.

L'affaire déborde le seul cas Orélien, qui conteste toute utilisation de la machine et que la presse étrangère suit désormais. Elle pose une question de méthode. Une institution littéraire peut-elle renverser une présomption d'innocence sur la foi d'un logiciel dont l'éditeur reconnaît lui-même la marge d'erreur ? Pangram n'ouvre pas son classifieur aux auteurs qu'il signale, qui ne peuvent pas rejouer le calcul passage par passage. Le Goncourt a tranché sur un score, pas sur une expertise contradictoire.