Au moins 30 % des messages publiés par Rob Jetten sur ses réseaux sociaux ont été rédigés par une IA générative, selon une enquête du quotidien néerlandais De Volkskrant parue le 10 septembre. Chef du gouvernement depuis février 2026, le dirigeant de 38 ans laisse une machine formuler, à la première personne, ses émotions sur des sujets graves. Le journal en conteste la sincérité.
L'enquête et sa méthode
De Volkskrant a passé au crible 1 812 publications postées depuis 2021 sur les comptes X, Instagram, Facebook et LinkedIn de Jetten et de son parti, le D66 (centre, pro-européen). Le titre s'est appuyé sur le détecteur de texte artificiel Pangram, puis a fait relire ses conclusions par trois chercheurs. Comme test de contrôle, 700 messages antérieurs à ChatGPT n'ont déclenché aucune alerte, ce qui conforte le résultat. Le décompte atteint au moins 232 textes générés par IA, dont 68 signés du Premier ministre et 164 du parti.
Le recours s'intensifie à partir du 4 juin 2025, lendemain de la chute du cabinet Schoof, moment où 30 % des messages se mettent à passer par un modèle de langage. Une page et demie de son livre Hoe het wél kan et des répliques de trois clips de campagne sont aussi concernées. Les chefs de l'opposition Dilan Yesilgöz (VVD) et Henri Bontenbal (CDA), eux, n'y recourent quasiment pas.
Des mots sans auteur
Les textes portent sur la guerre en Ukraine, la commémoration du crash du MH17 et les excuses de l'État à la communauté moluquoise. Écrits à la première personne, ils prétendent livrer les émotions du dirigeant. Les marqueurs de la machine y affleurent : énumérations par groupes de trois, tournures répétées comme juist (« justement »), formules symétriques du type « Différentes histoires, différentes formes d'injustice ». Claes de Vreese, spécialiste des rapports entre IA et société, estime que les modèles de langage « produisent les émotions voulues, pas nécessairement des sentiments authentiques ». Mariken van der Velden, de l'université libre d'Amsterdam, redoute une érosion de la confiance dans la parole publique, l'IA restant associée à la désinformation.
Le D66 assume l'usage et assure que des humains relisent chaque texte. Pieter Walraven, de l'agence Public Matters, admet l'outil comme gain de temps mais met en garde contre les élus qui reprennent des messages sans les passer au crible. Le parti avait pourtant voté la législation européenne sur la transparence de l'IA, sans jamais signaler ses propres publications générées.
L'affaire prolonge une inquiétude déjà documentée sur l'IA qui s'intercale dans la communication en ligne et oriente le débat. Surnommé « Robot Jetten » à ses débuts pour ses réponses stéréotypées face aux journalistes, le Premier ministre avait bâti sa remontée sur une présence numérique soignée. Aucune règle néerlandaise n'oblige aujourd'hui un responsable public à indiquer qu'un texte signé de sa main a été écrit par une IA.