La ministre de l'Agriculture Annie Genevard a présenté le 4 septembre 2026 un plan de soutien de plus d'un milliard d'euros pour l'agriculture française, frappée par la sécheresse et les canicules d'un été exceptionnel dans les relevés. Baptisé CASI (Climat, adaptation, sécheresse, incendies), le dispositif veut d'abord éviter les faillites, en indemnisant les pertes et en soutenant la trésorerie. Le Premier ministre Sébastien Lecornu en avait fait le « dossier numéro un » de la rentrée. Les syndicats agricoles, qui chiffrent les dégâts de la seule sécheresse à une dizaine de milliards d'euros, jugent l'enveloppe très en deçà des besoins et attendent un second volet sur l'adaptation du secteur au changement climatique.

Ce que contient le plan CASI

Le ministère répartit l'enveloppe en trois grands blocs. Le premier, le plus lourd, vise l'indemnisation des pertes pour environ 850 millions d'euros. L'indemnisation de solidarité nationale (ISN), le mécanisme qui compense les pertes de récolte au-delà d'un seuil quand l'assurance ne suffit pas, mobilise à elle seule 520 millions d'euros. Ses acomptes passent de 70 % à 80 % du montant estimé, avec de premiers versements annoncés pour octobre. Le régime des calamités agricoles, qui couvre les biens non assurables comme les vignes ou les vergers, reçoit 30 millions. S'y ajoute un dégrèvement de taxe foncière sur les propriétés non bâties, d'environ 300 millions d'euros, réservé aux exploitations les plus touchées ; à partir de 2027, son calcul reposera sur les huit années précédentes au lieu de cinq.

Le deuxième bloc, un « fonds de réarmement agricole » de 235 millions d'euros piloté par les préfets, doit financer l'achat de semences, de fourrages et d'intrants, ainsi que la réparation des dommages causés par les incendies de l'été. La prise en charge de cotisations sociales pour 20 millions complète ce volet destiné à relancer la production, aux côtés d'un renforcement du suivi social et psychologique des exploitants, dont plusieurs traversent une saison où le revenu s'effondre.

Le troisième bloc reconduit des aides déjà connues : le soutien au gazole non routier (GNR) est prolongé en septembre et octobre pour 106 millions d'euros, et l'aide à l'achat d'engrais azotés, elle-même née de la flambée des cours provoquée par la guerre au Moyen-Orient, voit sa fenêtre étendue jusqu'au 31 décembre 2026 pour environ 145 millions. Enfin, les avances de la politique agricole commune (PAC) versées cet automne montent de 70 % à 75 %, soit près de 420 millions d'euros injectés plus tôt dans la trésorerie des exploitations, sans en constituer une dépense nette. Genevard a promis un second plan « dans les prochaines semaines », consacré à la structure du secteur.

Un été qui a dépassé 2003 et 1976

Le plan répond à une saison que Météo-France classe au sommet de ses archives. Le pays a subi cinq vagues de chaleur en deux mois et, à la mi-août, la couche superficielle des sols n'avait jamais été aussi sèche depuis le début des mesures, en deçà même de 1976 pour les premiers centimètres. Selon le gouvernement, 65 % du territoire a connu une sécheresse sans équivalent connu et 95 départements ont été placés sous restriction d'eau.

Les dégâts se lisent dans les champs. La récolte de maïs grain, culture d'été la plus exposée, est attendue au plus bas depuis 1980, en recul d'environ 35 % sur un an. Les pertes de rendement atteignent 50 % et davantage sur plusieurs productions végétales, et le manque de fourrage frappe durement l'élevage, contraint d'acheter de quoi nourrir les bêtes. Le ministère estime que 30 000 à 35 000 exploitations sont fragilisées. La ministre avait aussi assuré, mi-août, que la sécheresse n'avait pas fait flamber les prix en rayon, un constat que les données publiques ne validaient qu'à moitié.

« Le compte n'y est pas », répondent les syndicats

Toutes les organisations agricoles ont accueilli le plan comme insuffisant. La FNSEA, premier syndicat du secteur, résume sa position d'une formule : « le compte n'y est pas. » Elle réclame au moins 2 milliards d'euros, quand ses associations spécialisées d'éleveurs évaluent à plus de 5 milliards le seul surcoût lié au déficit de fourrage. Les Jeunes Agriculteurs pointent la lenteur de la réponse, arrivée en toute fin d'été. La Confédération paysanne juge le dispositif mal ciblé et estime qu'il exclut la majorité des paysans ; elle plaide pour une aide directe de 5 000 euros par exploitation, soit une enveloppe de l'ordre de 2 milliards, afin qu'aucune ferme ne disparaisse.

Le reproche de fond porte moins sur le montant que sur la logique. Plusieurs responsables craignent des « accompagnements mal ciblés » qui, en indexant l'aide sur les volumes perdus, profiteraient d'abord aux grandes structures et pousseraient à la concentration des exploitations. Le débat se double d'une bataille de chiffres sur l'ampleur réelle des pertes, que les syndicats situent autour de 10 milliards d'euros, à comparer au milliard mis sur la table. En toile de fond, la question de l'assurance récolte revient : le dispositif d'ISN intervient en complément d'une couverture privée que peu d'exploitations souscrivent, faute de moyens ou par choix, ce qui laisse l'État en première ligne à chaque aléa climatique et alimente le débat sur la refonte du système.

L'adaptation renvoyée au prochain volet

Le plan solde surtout la facture de 2026. Il ne dit presque rien de la façon d'armer l'agriculture contre des étés appelés à se répéter, une critique que partagent syndicats et responsables agricoles. Le gouvernement renvoie ce chantier à des dispositifs déjà lancés, comme le plan Agriculture-Méditerranée, la rénovation des vergers, l'innovation variétale et un fonds hydraulique agricole, dont l'articulation avec le futur second plan reste à préciser. La gestion de l'eau, en particulier, promet une discussion tendue : le stockage et le partage de la ressource opposent depuis des années la profession, les pouvoirs publics et les défenseurs de l'environnement, sur fond de nappes que la sécheresse a fait descendre sous les normales dans deux tiers des points de suivi cet été. Ces orientations rejoignent celles du plan national d'adaptation au changement climatique, dont le bilan 2026 pointait déjà l'écart entre les annonces et les moyens engagés.

Le calendrier tranchera. Les premiers versements de l'ISN sont attendus en octobre, et Annie Genevard doit présenter dans les semaines qui viennent le volet consacré à la relance et à l'adaptation du secteur, sur lequel les syndicats chiffrent les besoins à plusieurs milliards d'euros.