Interrogée le 18 août sur franceinfo après cinq vagues de chaleur en deux mois, la ministre de l'Agriculture Annie Genevard a assuré ne pas observer « d'augmentation massive généralisée » des prix des fruits et légumes, et vanté une grande distribution prête à « jouer le jeu » sur les calibres. Les données publiques valident la première moitié de la phrase et contredisent la seconde.
L'indice moyen reste plat
Sur un an, les prix alimentaires n'ont progressé que de 0,9 % en juillet, au même rythme qu'en juin, et sont restés quasi stables sur un mois, selon l'estimation de l'Insee. Aucune flambée d'ensemble, donc : au niveau agrégé, la ministre dit vrai.
Le calme n'est qu'apparent. À l'intérieur de ce chiffre, les produits frais accélèrent nettement, à +3,8 % sur un an après +2,7 % en juin, quand le reste de l'alimentation reste à +0,6 % (synthèse Insee de juillet). La moyenne écrase des écarts que le consommateur, lui, voit sur l'étal.
Les légumes d'été décrochent
Le détail par produit raconte une autre histoire. Dès juin, l'Insee relevait +13 % sur un an pour les tomates, courgettes et aubergines. L'observatoire de Familles rurales pousse plus loin pour juillet, avec des courgettes à +32 %, des tomates à +31 % et des haricots verts à +24 % sur un an.
La distinction fruits/légumes est nette. D'après le suivi de FranceAgriMer, les légumes conventionnels ont gagné environ 10 % en un an, quand les fruits sont restés stables (-0,2 %). Le déficit hydrique frappe d'abord le maraîchage : côté rendements, le groupement Prince de Bretagne chiffre les pertes à -25 % sur les courgettes, -35 % sur les salades et jusqu'à -60 % sur les brocolis. Moins de volumes, des calibres réduits, et une pression à la hausse mécanique sur les prix payés.
C'est ce point que la ministre passe sous silence quand elle parle de la seule moyenne. Les deux principales enseignes ont bien révisé leurs cahiers des charges — tolérance sur la taille et l'aspect, revalorisation des prix d'achat, délais de paiement ramenés de 30 à 15 jours (Boursorama). Mais ces mesures visent à écouler des récoltes abîmées, pas à effacer la hausse déjà enregistrée sur les légumes de saison.
Verdict : en partie vrai. Pas de flambée généralisée, l'indice le confirme, mais des tensions marquées sur les légumes d'été que la formule de la ministre gomme. L'ampleur des pertes agricoles se lit aussi dans les récoltes 2026 et l'état des nappes ; sur le front des prix, la trajectoire de l'inflation alimentaire reste à surveiller. Genevard réunit les préfets le 27 août pour arrêter le montant des aides.