À la mi-août 2026, la couche superficielle des sols français n'a, selon Météo-France, jamais été aussi sèche depuis le début des relevés. Un déficit de pluie installé depuis mars, le printemps le plus chaud jamais mesuré et une succession de vagues de chaleur ont asséché la surface du pays plus vite et plus tôt que lors des étés de référence de 2003 et 2022, et même en deçà de 1976 pour les premiers centimètres du sol. Le mois de juillet, déficitaire de 67 % en pluie, se classe au troisième rang des plus secs depuis 1959. Pour les couches profondes et les nappes, en revanche, la sécheresse de 1976 reste la plus grave, parce que l'hiver 2025-2026 avait laissé des réserves pleines.
Un pays desséché en surface, du Nord au Rhône
La contrainte se lit d'abord dans les usages. Vers le 10 août, plus de 70 % du territoire vivait sous une forme de restriction d'eau, une soixantaine de départements comptant une zone classée en crise, le degré où les prélèvements sont réservés à l'eau potable, à la santé et à la sécurité civile. Depuis le début de l'année, l'observatoire européen Effis estimait à plus de 90 000 hectares la végétation partie en fumée en France et en Corse au 12 août. En parallèle, deux tiers des points de suivi des nappes passaient sous les normales de saison, signe que le manque d'eau avait déjà gagné la ressource profonde.
Le dessèchement de surface n'est pas uniforme. Rapporté à la moyenne 1991-2020, il est le plus fort sur la Bretagne, le Nord, l'Alsace, le couloir rhodanien et le piémont pyrénéen, où l'écart dépasse quatre écarts-types, une amplitude qui, en climat stable, ne s'observe qu'environ une année sur quarante. Il reste marqué mais plus modeste sur le pourtour méditerranéen, dont l'été est de toute façon sec, et sur le Sud-Ouest atlantique.
Cette sécheresse s'ajoute à une chaleur record. La France traverse depuis le 28 juillet sa troisième vague de chaleur la plus longue depuis 1947, qui a suivi plusieurs épisodes distincts déjà accumulés au fil de l'été. Sur la période du 15 mai au 5 août, la température moyenne du pays a atteint 23,0 °C, contre 19,6 °C sur les mêmes dates de 1976, un surcroît de plus de trois degrés.
Devant 2003, 2022 et 1976
L'indice qui résume l'assèchement des sols est l'humidité de la couche superficielle. Reconstituée à partir de la réanalyse ERA5 sur vingt-trois points du territoire, l'humidité moyenne des premiers centimètres tombe autour de 0,09 m³/m³ à la mi-août, soit la moitié de la médiane 1991-2020 et un niveau inférieur aux étés secs de 2003 et 2022. La valeur de 1976, proche de 0,20, en reste nettement au-dessus. Sur la série reconstituée depuis 1976, deux étés se détachent au plus bas, 2026 puis 2025, ce qui inscrit l'épisode dans une succession récente et non dans un accident isolé.
La comparaison avec 1976 demande une précision, car elle a divisé les bilans. En surface, les records de l'année de référence ont été dépassés courant juillet, quand la pluie a continué de manquer. En profondeur, la hiérarchie s'inverse. En 1976, les nappes étaient déjà basses en début d'année ; en 2026, un hiver très arrosé les avait laissées hautes au printemps, si bien que la ressource souterraine, bien que dégradée, part d'un niveau supérieur. La sécheresse de 2026 est donc plus sévère pour la plante et pour l'incendie, qui dépendent des premiers décimètres, sans l'être encore autant pour le débit des rivières en fin d'été, soutenu par la nappe.
Le classement pluviométrique dit une histoire voisine mais distincte. Avec un déficit national de 67 %, juillet 2026 arrive au troisième rang des mois de juillet les plus secs depuis 1959, derrière juillet 2022, déficitaire de 84 %, et juillet 2020, à 73 %. Le printemps, le plus chaud jamais relevé avec 1,7 °C au-dessus de la normale, avait déjà accusé un manque de pluie d'environ 30 %.
D'un extrême à l'autre en quelques mois
La trajectoire de l'année éclaire le basculement. En janvier et février, les sols étaient quasi saturés, au sommet de l'enveloppe des trente dernières années, après un hiver parmi les plus humides. Puis la courbe a plongé dès mars, franchi le bas de la fourchette climatologique au printemps et s'est maintenue très en dessous tout l'été.
Ce retournement tient d'abord au calendrier de l'eau. D'octobre à mars, la pluie dépasse l'évapotranspiration et l'excédent recharge les nappes ; d'avril à septembre, la végétation active et la chaleur consomment presque toute la pluie, et la couche de surface se vide sans se reconstituer. Un hiver humide remplit donc les réserves profondes sans protéger la surface, qui dépend de la pluie du moment. Or celle-ci a manqué au pire moment, quand la demande de la végétation était maximale.
La chaleur a accéléré la vidange. Un anticyclone puissant et quasi stationnaire s'est installé sur l'Europe de l'Ouest, bloquant la circulation d'ouest et acheminant de l'air subtropical. Sous ce dôme, le ciel dégagé chauffe le sol et l'air plus chaud aspire l'humidité plus vite, la quantité de vapeur qu'il peut contenir croissant d'environ 7 % par degré. C'est cette demande évaporative, plus que le seul manque de pluie, que les scientifiques désignent comme le moteur des sécheresses européennes récentes.
Une boucle referme le système. Un sol privé d'eau ne se rafraîchit plus par évaporation, et l'énergie solaire s'y convertit alors en chaleur qui réchauffe l'air et assèche davantage. Sécheresse et canicule s'alimentent, un couplage que connaissent aussi d'autres territoires du sud de l'Europe. Sur un arrière-plan réchauffé, les mêmes situations produisent des chaleurs plus fortes qu'au XXe siècle, et l'adaptation engagée après 2003 reste inachevée. La recharge de la surface ne reprendra qu'avec le retour durable des pluies, attendu à l'automne.
L'eau que boit l'agriculture
En été, l'agriculture est le premier poste de consommation nette d'eau, l'irrigation compensant le manque de pluie au moment où les cultures en ont le plus besoin. Cette dépendance se concentre sur quelques bassins : le Sud-Ouest maïsicole, la vallée du Rhône pour le maraîchage et les vergers, la Beauce pour le blé et la betterave, l'Alsace. Le maïs pèse 38 % des surfaces irriguées françaises, devant le blé (12 %) et les légumes, fraises et melons (9 %), d'après le recensement agricole 2020. Or plusieurs de ces territoires, du piémont pyrénéen à l'Alsace, comptent parmi ceux où le sol de surface s'est le plus écarté de la normale à la mi-août 2026 : les cultures les plus tributaires de l'arrosage se trouvent là où le déficit a été le plus marqué.
Note méthodologique. Période : situation arrêtée au 16 août 2026 (Europe/Paris). Constats de records et déficits nationaux : bilans de Météo-France relayés par la presse (juillet déficitaire de 67 %, 3ᵉ juillet le plus sec depuis 1959 derrière 2022 et 2020 ; printemps le plus chaud, environ −30 % de pluie ; humidité des sols au plus bas, surface sous 1976 mais profondeur et nappes plus critiques en 1976), et franceinfo. Températures comparées 2026/1976 (23,0 °C contre 19,6 °C du 15 mai au 5 août) : Météo-Paris / Météo-Villes, d'après Météo-France. Restrictions d'eau (plus de 70 % du territoire, départements en crise) et nappes (63 % des points sous les normales au 1er août) : voir le bilan détaillé nappes et restrictions ; surfaces brûlées : Effis, au 12 août. Les trois visuels reposent sur une reconstruction indépendante à partir de la réanalyse ERA5 via Open-Meteo : humidité des sols de surface (couche 0-7 cm) et de profondeur (28-100 cm), extraction du 16 août 2026, moyenne de 23 points répartis sur la métropole (coins compris pour ne pas extrapoler l'interpolation). La carte contoure l'écart à la moyenne 1991-2020 exprimé en écarts-types (champ interpolé de 23 points, spline plaque mince) ; la courbe et le classement portent sur la moyenne nationale de ces mêmes points, la fenêtre du 6 au 15 août pour le classement, l'enveloppe des 10ᵉ-90ᵉ centiles de 1991-2020 pour la courbe. Réserves : cette reconstruction ERA5 n'est pas l'indice d'humidité des sols opérationnel de Météo-France (modèle Safran-Isba), même si elle en retrouve le constat ; la résolution du modèle (environ 9 à 25 km) ne résout pas l'échelle de la parcelle ; la couche profonde d'ERA5 (1 mètre) ne descend pas jusqu'aux nappes et ne tranche donc pas la comparaison de profondeur avec 1976 ; les décomptes de restrictions évoluent au fil des arrêtés préfectoraux. La carte de l'irrigation agricole par département repose sur le recensement agricole 2020 d'Agreste, exploité par le SDES (« L'irrigation des surfaces agricoles : évolution entre 2010 et 2020 », 2023) : part de la surface agricole utilisée irriguée par département, classée en cinq paliers ; la répartition nationale des surfaces irriguées par culture (maïs 38 %, blé 12 %, légumes-fraises-melons 9 %) vient de la même publication ; contours départementaux france-geojson (licence libre), projection Lambert. Réserves sur cette carte : la donnée de 2020 est antérieure à la sécheresse de 2026 (la part équipée pour l'irrigation, plus élevée, de l'ordre de 11 % de la surface agricole nationale, mesure le plafond de la demande en eau les années sèches) ; la maille départementale lisse les contrastes internes ; Paris et la petite couronne, à surface agricole négligeable, sont écartés. Générateurs et jeux de données des visuels sous design-system/.