Septembre 2026 a dépassé la normale 1991-2020 de 3,1 °C, ce qui en fait le deuxième mois de septembre le plus chaud depuis le début des mesures en France, derrière le seul septembre 2023, annonce Météo-France. C'est aussi le troisième septembre le moins arrosé depuis 1958, avec un déficit de pluie de 70 % en moyenne sur le pays, et l'indicateur national d'humidité des sols est tombé à un niveau jamais observé à cette période de l'année. Après l'été le plus chaud jamais enregistré, l'automne météorologique a donc commencé sans rupture, sur des sols que la pluie d'automne n'a pas encore réhumectés.
Un mois qui n'est jamais redescendu
Le mois s'est ouvert sur un pic de chaleur. Le dimanche 6 septembre restera parmi les journées de septembre les plus chaudes relevées en France, avec un record mensuel national porté à 40,3 °C à Lavaur, dans le Tarn, et des valeurs voisines de 39 °C à Albi et 38,5 °C à Toulouse, selon les relevés de Météo-France. C'était le sixième épisode de forte chaleur de l'année, décrit dans notre article sur la vague de chaleur de la rentrée.
La suite n'a offert aucun vrai retour aux valeurs de saison. Une deuxième bouffée d'air chaud a porté le mercure jusqu'à 36 °C dans le Sud-Ouest les 14 et 15 septembre, avec des écarts à la normale de +9 à +12 °C sur une diagonale allant du Sud-Ouest à la Picardie, comme nous l'avons détaillé lors du pic de mi-septembre. Entre ces deux poussées, les températures sont restées au-dessus de la climatologie presque chaque jour.
L'ensoleillement a été très excédentaire, avec une anomalie supérieure à 30 % sur le mois, conséquence directe de la persistance des hautes pressions.
Le deuxième sur une série de 70 ans
Un septembre à +3,1 °C place le mois au deuxième rang de la série nationale, derrière septembre 2023, qui avait atteint 21,1 °C de moyenne, soit +3,6 °C au-dessus de la normale, et reste le record. Deux années séparent donc les deux mois de septembre les plus chauds jamais mesurés en France.
Cette proximité dit quelque chose du climat d'arrière-plan. Jusqu'aux années 1990, un mois de septembre sous la normale était la règle plus souvent que l'exception. Les anomalies chaudes les plus fortes se concentrent désormais sur les vingt dernières années, et un dépassement de 3 °C, qui aurait constitué une singularité au XXᵉ siècle, s'est produit deux fois en trois ans. À configuration atmosphérique comparable, le réchauffement de fond ajoute aujourd'hui son offset à chaque épisode.
Le signal dépasse les frontières. Copernicus a classé l'été 2026 comme le plus chaud jamais mesuré en Europe de l'Ouest, à +2,54 °C sur la normale 1991-2020, et août 2026 comme le mois le plus chaud du globe à égalité avec juillet 2023, à 1,65 °C au-dessus du niveau préindustriel. La chaleur de septembre en France est le prolongement régional de cet état général de l'atmosphère.
Une sécheresse des sols sans équivalent pour la saison
Le fait le plus lourd du bilan concerne l'eau. Avec 70 % de pluie en moins que la normale, septembre 2026 est le troisième mois de septembre le moins arrosé depuis le début des mesures en 1958, seuls 1977 et 1985 ayant été plus secs. Ce déficit s'ajoute à celui d'un été déjà parmi les plus secs observés, documenté dans notre bilan de la sécheresse estivale.
Résultat, l'indicateur national d'humidité des sols se situe à un niveau jamais atteint pour un début d'automne. La couche superficielle du sol, celle qu'explorent les cultures et les jeunes plantations, est restée à sec quand elle se recharge d'ordinaire dès les premières pluies de l'arrière-saison. Le suivi des nappes du BRGM faisait déjà état cet été d'une majorité de réservoirs sous les normales, et la recharge automnale, qui dépend des pluies d'octobre à mars, n'avait pas commencé à la fin septembre.
La chaleur et le dessèchement des sols se sont concentrés sur les mêmes territoires. L'Occitanie, la vallée du Rhône et le Centre-Est ont cumulé les plus fortes anomalies de température, supérieures à 3,5 °C, et les sols les plus secs, jusqu'à la moitié sous la normale ; la Bretagne, la Normandie et les Hauts-de-France, un cran en dessous pour la chaleur, ont connu un déficit d'humidité moins sévère.
Le mécanisme : des hautes pressions sur des sols qui s'auto-chauffent
Deux moteurs se sont renforcés tout le mois. Le premier est atmosphérique. Des dorsales anticycloniques successives se sont rétablies sur l'Europe de l'Ouest, et sur leur flanc oriental un flux de sud a fait remonter vers la France de l'air chaud venu de la péninsule Ibérique et du Maghreb. Sous ces hautes pressions, la subsidence comprime et assèche l'air en altitude, ce qui renforce le réchauffement diurne et bloque l'arrivée des perturbations atlantiques porteuses de pluie.
Le second moteur vient du sol lui-même. Quand la terre est sèche, l'énergie solaire qui servirait à évaporer l'eau chauffe directement l'air au lieu de s'y dissiper en vapeur, et la température de l'après-midi monte davantage. Ce couplage entre déficit d'humidité des sols et intensité des extrêmes chauds est documenté par Copernicus et par les études d'attribution du réseau World Weather Attribution. Il fonctionne en boucle, puisque la chaleur accroît la demande évaporative et assèche un peu plus un sol déjà appauvri, ce qui réchauffe l'air du jour suivant.
Sur cet enchaînement se pose la tendance longue. L'augmentation du nombre et de l'intensité des vagues de chaleur en France depuis les années 1980 est désormais mesurée, comme le rappelle notre article sur les vagues de chaleur et le changement climatique. La prochaine échéance connue est la recharge des nappes, suspendue aux pluies de l'automne, dont les premières ne s'étaient pas installées au 1ᵉʳ octobre.
Note méthodologique
Les valeurs officielles de rang et d'anomalie (deuxième septembre le plus chaud, +3,1 °C sur la normale 1991-2020 ; record de septembre 2023 à 21,1 °C, soit +3,6 °C ; troisième septembre le moins arrosé depuis 1958, déficit de pluie de 70 %, anomalie d'ensoleillement supérieure à 30 % ; indicateur d'humidité des sols au plus bas pour la saison) sont celles du bilan de septembre 2026 de Météo-France, relayé le 2 octobre 2026. Les repères européens et mondiaux (été 2026, août 2026) proviennent des bulletins climatiques de Copernicus / C3S. Les records ponctuels du 6 septembre (40,3 °C à Lavaur) sont des relevés de stations Météo-France.
Les deux graphiques reposent sur un indicateur proxy, calculé par ZapNews et distinct de l'indicateur thermique national officiel : la moyenne des températures moyennes quotidiennes de dix villes réparties sur le pays (Lille, Paris, Brest, Nantes, Strasbourg, Lyon, Bordeaux, Toulouse, Marseille, Clermont-Ferrand), issues de la réanalyse ERA5 via Open-Meteo. L'anomalie est l'écart à la moyenne 1991-2020 des mêmes villes, calculée jour calendaire par jour calendaire pour la courbe quotidienne, et mois de septembre par mois de septembre pour la série annuelle 1950-2026. Ce proxy restitue le classement et l'ordre de grandeur des anomalies publiées par Météo-France (il donne lui aussi 2026 au deuxième rang, juste derrière 2023), mais ses valeurs absolues ne se confondent pas avec l'indicateur national, qui s'appuie sur un réseau de stations plus large et une pondération spatiale différente. La réanalyse peut aussi s'écarter localement des relevés de stations.
Les deux cartes régionales reposent sur le même type de proxy ERA5 : un agrégat par région des données de température (temperature_2m_mean) et d'humidité des sols superficiels (soil_moisture_0_to_7cm_mean) extrait de la réanalyse ERA5 via Open-Meteo, rapporté à la normale 1991-2020. Le déficit d'humidité des sols cartographié est un proxy éditorial, distinct de l'indicateur national d'humidité des sols de Météo-France, et exprimé en écart relatif (ce qui accentue les régions normalement les plus humides). Les contours régionaux proviennent de france-geojson (Grégoire David), sous licence libre, en projection conique conforme de Lambert.