Le PDG de ServiceNow, Bill McDermott, promet un retournement rapide du marché du travail. Dans un entretien au Figaro publié le 7 septembre 2026, le dirigeant du géant américain du logiciel affirme que « d'ici 18 mois, l'IA permettra aux entreprises de recommencer à créer des emplois ». Le raisonnement qu'il défend : l'IA agentique absorbe d'abord les tâches répétitives, dégage des gains de productivité, et ces gains financeraient ensuite de nouvelles embauches. McDermott y voit une réponse à la pénurie de main-d'œuvre qu'il chiffre à 50 millions de travailleurs manquants d'ici 2030, portée par le vieillissement démographique.
Un pronostic à géométrie variable
Le même dirigeant tient un discours plus sombre selon l'auditoire. En mars 2026, il prédisait sur CNBC que le chômage des jeunes diplômés « pourrait facilement grimper au milieu des 30 % dans les deux prochaines années ». Il a aussi présenté l'IA comme un moyen de supprimer les « soul-crushing jobs » dans une interview à Bloomberg, et annoncé que ServiceNow ne remplacerait pas ses départs naturels, visant le même effectif début 2027 que début 2026. Les emplois neufs qu'il évoque relèvent surtout de catégories liées à l'IA elle-même (ingénierie de modèles, gouvernance, cybersécurité, annotation de données), pas d'un retour des postes juniors effacés.
Le message optimiste sert aussi ses intérêts, puisque ServiceNow vend les agents censés produire ces gains. L'entreprise indique que 89 % de ses demandes en libre-service sont déjà traitées par l'IA.
Ce que disent les données
Les travaux d'économistes invitent à la prudence sur l'échéance. L'étude « Canaries in the Coal Mine » de la Stanford Digital Economy Lab (Brynjolfsson, Chandar, Chen) mesure, dans sa mise à jour d'août 2026, un emploi des 22-25 ans inférieur d'environ 19 % à sa trajectoire attendue dans les métiers les plus exposés à l'IA, contre 15 % un an plus tôt ; pour les développeurs de cette tranche d'âge, le recul atteint 20 % depuis fin 2022. L'ajustement passe par le gel des embauches, pas par les licenciements, ce qui contredit l'idée d'une reprise imminente des recrutements juniors.
À l'échelle agrégée, le tableau est moins tranché. Une étude d'Anthropic de mars 2026 ne détecte pas de hausse du chômage des travailleurs les plus exposés depuis 2022, et la Réserve fédérale de New York ne lit dans les offres d'emploi aucun repli net attribuable à l'IA. Le carburant de la thèse McDermott, les gains de productivité, reste lui-même incertain : la Banque de France juge leur impact « très modeste » à ce stade (voir notre article), quand les banques rationnent leur usage de l'IA faute d'un rendement établi. La crainte du remplacement, elle, est déjà bien installée.
L'échéance qu'il fixe, 18 mois, sera vérifiable à la mi-2027.