Sept jours. C'est le temps qu'a tenu la participation de la Society of Authors à une charte internationale censée encadrer l'usage de l'intelligence artificielle dans les industries créatives. L'organisation britannique, qui représente écrivains, illustrateurs et traducteurs, a annoncé son retrait le 21 octobre, après la fronde de ses adhérents. Le texte, lancé le 14 octobre, voulait fixer des standards communs face aux usages de l'IA générative.
Ce que proposait la charte
La Charter of Ethical AI Use in the Creative Industries repose sur des engagements volontaires. Ses signataires devaient faire preuve de transparence sur leurs usages de l'IA, évaluer les risques, obtenir le consentement des ayants droit avant d'exploiter leurs œuvres et privilégier les fournisseurs ayant conclu des accords de licence pour leurs données d'entraînement.
Le texte a été préparé avec la Creators' Rights Alliance britannique, l'Authors Guild américaine et des associations d'écrivains australiennes, canadiennes et néo-zélandaises. L'Australian Society of Authors, la New Zealand Society of Authors et la Writers' Union of Canada figurent parmi les signataires. Les romanciers Kazuo Ishiguro et Tracy Chevalier avaient soutenu son lancement.
Le point de rupture
La colère des membres s'est cristallisée sur une disposition. La charte envisageait l'adoption de l'IA générative dès lors que son usage répond à un objectif identifié et que ses risques ont été évalués. Pour une partie des adhérents, admettre un usage « encadré » revenait déjà à trop céder, là où ils réclamaient une interdiction de principe.
Dès le 15 octobre, la directrice générale Anna Ganley a tenté une mise au point. Elle reconnaissait que l'association n'avait pas su expliquer l'objet du projet, tout en défendant sa ligne. Pour elle, des engagements de transparence permettraient de mettre au jour des usages déjà répandus mais invisibles, comme l'analyse de données ou la production de synthèses. Sa position de fond, affirmait-elle, restait inchangée : « Il ne peut jamais y avoir d'utilisation véritablement éthique de l'IA générative. » Elle citait l'entraînement sur des œuvres protégées sans autorisation ni rémunération, l'impact environnemental et les effets sur les populations défavorisées. L'explication n'a pas calmé les adhérents.
Le communiqué de retrait tient en quelques lignes : la SoA remercie les membres qui ont réagi et dit vouloir examiner leurs préoccupations. Le sujet sera tranché lors de l'assemblée générale annuelle, et un questionnaire a été envoyé aux adhérents.
Le retrait ne concerne que la SoA. La charte n'est pas abandonnée, chaque participant pouvant se retirer librement, et la liste des signataires reste accessible. L'organisation dit poursuivre la mobilisation qu'elle mène depuis 2022 contre l'exploitation non autorisée des œuvres — la même qui l'avait conduite, en mars 2026, à lancer avec Tracy Chevalier un logo « Human Authored » pour les livres écrits sans IA générative. La suite se décidera à l'assemblée générale de la Society of Authors, le 19 novembre.