Une plainte déposée fin août 2026 devant un tribunal fédéral de Californie accuse xAI, l'entreprise d'intelligence artificielle d'Elon Musk, d'avoir entraîné son modèle Grok sur du matériel pédocriminel réel, et pas seulement d'en avoir généré. La plaignante, une femme dont les images d'enfance auraient circulé en ligne depuis les années 2000, soutient que ces contenus, dont les empreintes numériques figurent depuis des années dans les bases de référence, auraient été aspirés dans le jeu de données d'entraînement du modèle. À ce stade, ce sont des allégations. La procédure ne fait que s'ouvrir et xAI n'a pas répondu publiquement.

Ce qu'allègue la plainte

Selon la plainte, relayée par Next et par CyberScoop, une plaignante anonyme désignée sous le nom de « Jane Doe 1 » affirme avoir été victime d'abus sexuels dans les années 2000, alors qu'elle était une jeune enfant. Les images documentant ces abus auraient circulé sur internet pendant des années et auraient été signalées, en grand nombre, au National Center for Missing and Exploited Children (NCMEC), l'organisme américain qui centralise les signalements de contenus pédocriminels.

Le cœur de l'accusation tient à un point technique. Ces images disposeraient de « valeurs de hachage » (des empreintes numériques uniques) connues et répertoriées depuis longtemps par les bases de référence utilisées pour détecter les contenus déjà identifiés. Or, d'après la plainte, ce même matériel aurait été inclus dans l'ensemble de données ayant servi à développer les capacités de génération d'images et de vidéos de Grok. La plainte affirme aussi que le Centre canadien de protection de l'enfance aurait identifié des images pédocriminelles générées par xAI.

L'élément nouveau, par rapport aux procédures antérieures, porte moins sur ce que produit Grok que sur ce qui l'aurait nourri. Selon Gizmodo, les plaintes précédentes reprochaient surtout au modèle de générer du matériel illicite à la demande ; celle-ci soutient qu'il aurait aussi été entraîné dessus.

La plainte n'apporte pas de démonstration technique détaillée de la façon exacte dont ce matériel serait entré dans le processus d'entraînement. La théorie avancée n'est pas que des ingénieurs auraient sélectionné à la main des images illégales, mais qu'un aspiration massive du web public aurait laissé passer ce type de contenus à travers les filtres, et que les conditions d'utilisation de X, qui traitent les contenus publiés sur la plateforme comme des données d'entraînement, auraient élargi la surface d'exposition. Ces mécanismes restent, à ce stade, des hypothèses de la partie plaignante.

L'entité visée : xAI, devenue filiale de SpaceX

Next désigne l'entreprise par le mot-valise « SpaceXAI », qui renvoie à un changement de structure récent. Le défendeur nommé dans les documents judiciaires est xAI, aux côtés de X Corp. Mais xAI n'est plus une société autonome : selon CNN, SpaceX a absorbé xAI dans une fusion en actions clôturée le 2 février 2026, faisant de l'entreprise d'IA une filiale du groupe spatial. xAI avait elle-même racheté X (ex-Twitter) en mars 2025. Les données publiées sur X alimentent donc le même ensemble industriel que celui qui développe Grok, une continuité que la plainte met au centre de son raisonnement sur les données d'entraînement.

Le cadre juridique

La plainte est une action collective (class action) déposée devant le tribunal fédéral du district Nord de Californie. Les médias divergent d'un jour sur la date de dépôt, situé autour du 27 août 2026. Elle s'appuie notamment sur la « Masha's Law », disposition du droit fédéral américain adoptée en 2018 qui ouvre aux victimes de pédopornographie des recours civils, dont des dommages-intérêts. Au-delà de l'indemnisation financière, les plaignantes réclament des injonctions destinées à empêcher Grok de produire à l'avenir de nouveaux montages sexualisés ou du matériel pédocriminel.

Interrogée par plusieurs rédactions, xAI n'a pas répondu aux sollicitations. Elon Musk avait pour sa part déclaré, le 14 janvier 2026, ne pas être « au courant de la moindre image dénudée de mineur » liée à Grok, ajoutant : « Littéralement zéro. »

Un contentieux qui s'élargit

Cette plainte s'ajoute à une série de procédures déjà en cours. Une action collective initiale avait été introduite en mars 2026 par trois femmes, avant d'être amendée durant l'été. D'après CyberScoop, la version amendée de juillet 2026 a ajouté deux plaignantes supplémentaires et étendu les accusations à un second acteur, l'éditeur de modèles Stability AI.

Les faits allégués dans ces dossiers dessinent le mode opératoire reproché à l'outil. L'une des plaignantes, décrite comme résidant dans le Wyoming, affirme qu'un membre de sa famille aurait généré via Grok plus de 7 000 images illicites à partir d'une simple photographie d'elle prise à l'âge de onze ans, images ensuite diffusées en ligne. Une autre soutient qu'une photo de sa remise de diplôme aurait été détournée par un adulte à l'aide du même outil. D'autres procédures, portées par des mineurs dans le Tennessee, et une décision de justice aux Pays-Bas interdisant à Grok de générer des images dénudées non consenties, complètent ce tableau contentieux, selon les recensements de la presse spécialisée.

Modération, données d'entraînement et régulation

Le dossier touche à un point sensible du fonctionnement des modèles génératifs. Un système entraîné sur une aspiration large du web hérite des contenus qui s'y trouvent, y compris les plus problématiques, et les garde-fous placés en aval (les filtres qui refusent certaines requêtes) sont contournables par des formulations indirectes. La plainte reproche à xAI des protections jugées « très faibles ». La détection par empreinte numérique, qui permet de repérer un fichier déjà connu, ne s'applique pas aux images entièrement nouvelles produites par un modèle, ce qui rend la génération d'images de synthèse difficile à endiguer par les seuls outils de comparaison.

Ces questions rejoignent le débat plus large sur la responsabilité des fournisseurs d'IA générative et sur la traçabilité de leurs données d'entraînement, un terrain que les régulateurs peinent encore à cadrer (voir notre analyse sur l'encadrement des grands modèles dans l'AI Act). Elles font aussi écho aux critiques déjà adressées à xAI sur sa gestion des données utilisateurs, documentées lors de l'affaire des dépôts de code transmis par son agent Grok Build.

La plainte n'en est qu'au stade du dépôt : les allégations n'ont pas été examinées au fond, xAI dispose du délai légal pour y répondre et aucune juridiction ne s'est prononcée sur leur bien-fondé. La suite dépendra de la recevabilité de l'action collective et des éléments que la plaignante pourra produire pour étayer la présence de contenus identifiés dans les données d'entraînement — une preuve que la plainte, à ce jour, dit détenir sans l'avoir versée en détail au dossier public.