Le 28 juillet 2026, Mark Zuckerberg a publié dans le Wall Street Journal une tribune idéaliste, « The AI Future Is for Everyone », pour défendre sa vision d'une IA au service de l'individu. Un texte libéral et optimiste — qui est aussi une pièce dans une bataille réglementaire, alors que Meta engloutit des dizaines de milliards dans la course à la superintelligence.
« La superintelligence personnelle »
La thèse tient en une question, martelée par le patron de Meta : « la question qui définit notre époque n'est pas de savoir si la superintelligence existera, mais qui y aura accès ». Sa réponse : la distribuer au plus grand nombre plutôt que de la concentrer dans quelques gouvernements ou entreprises. Zuckerberg décline trois principes — l'individu comme moteur de la prospérité, « l'invention plutôt que l'automatisation » comme finalité, et l'équilibre des pouvoirs comme véritable gage de sécurité. Sa promesse : « à mesure que chacun disposera d'outils plus puissants, chacun deviendra davantage capable de façonner l'avenir, et non l'inverse » (AI Weekly). Contre les prophéties de destruction d'emplois, il parie même sur plus de travail et d'entrepreneuriat, lancer une entreprise devenant trivial (Fox Business).
Une tribune qui est une stratégie
Le texte prolonge la campagne « The Future Is for Everyone » de Meta (voir notre article) et vise à peine à mots couverts les approches « centralisées » d'OpenAI et de Google — un angle déjà assumé plus tôt par Zuckerberg (voir notre article). Mais la tribune paraît le même jour qu'une lettre de coalition — Meta, Nvidia, Microsoft, Palantir — demandant aux régulateurs de ne pas restreindre le format des modèles à poids ouverts (open-weight). L'habillage philosophique sert donc un combat très concret (Forbes). Contradiction relevée par les commentateurs : « personnel » n'est pas « ouvert ». Zuckerberg a lui-même reconnu que Meta n'ouvrirait probablement pas tous ses modèles de superintelligence.
Le contexte : milliards et défiance
Derrière l'idéalisme, une fuite en avant financière. Meta a investi 14,3 milliards de dollars dans Scale AI et débauché son PDG Alexandr Wang, 28 ans, pour diriger ses Superintelligence Labs, avec des packages à neuf chiffres pour attirer les talents. Au deuxième trimestre 2026, le chiffre d'affaires grimpe (60,8 Md$, +28 %) mais la trésorerie disponible s'effondre de 91 %, à 784 millions, plombée par les dépenses IA — jusqu'à 169 Md$ prévus sur l'année (Fortune).
L'optimisme se heurte enfin aux critiques que Zuckerberg élude : l'IA « personnelle » de Meta repose sur une collecte permanente de données via des objets connectés, et des travailleurs sous-traitants auraient eu accès à des informations personnelles d'utilisateurs. Sur l'emploi, le propre chef scientifique de Meta, Yann LeCun, tempère l'euphorie ambiante (voir notre article) — quand le groupe s'est vu reprocher d'avoir ciblé des salariés vulnérables avant des licenciements (voir notre article). Une « époque incroyable », donc, mais dont Zuckerberg vend surtout sa version.